Partager l'article ! A L'Aube: En elle s’incarnaient toutes les chances de nouveaux départs. En pensant à son prénom, elle ...
Et c'est pas demain la veille qu'elle va s'arrêter ...
Seulement, c’était toujours cette sensation de pesanteur qui dominait en premier : toute cette masse concentrée qu’elle formait, appuyée sur une autre masse aux quatre pieds eux-mêmes supportés par un sol, par une ou plusieurs couches, suivit de plaque et puis d’autre et puis … Ce schéma qu’elle effectuait et qui se poursuivait jusqu’au centre de la terre ; c’était lui, lui qui l’empêchait d’émerger légèrement de ses draps. En cet instant, tout était lourd, il fallait remonter, il fallait sortir de cette pesante totalité pour prendre conscience du détail.
Il fallait revenir en arrière. La toile avait été commencée, elle savait que jusqu’au coucher du soleil, elle aurait à la continuer.
Elle remontait toujours inlassablement ce schéma ; remonter du centre de la terre toutes ces couches, jusqu'à enfin parvenir à son être, et s’envoler. Elle su qu’il était temps d’approfondir cette vive respiration, la sienne, celle qui la représentait.
Là, comme de retour à un point zéro, elle s’analysait. Souvent, cela commençait par ses fines chevilles, ensuite ses mollets, puis ce creux au genou qu’elle ne pouvait sentir contre les draps. Elle alignait sa respiration avec ses opérations mentales. Elle parcourait maintenant ses cuisses aplaties par la nuit sur le matelas. Enfin ses fesses, compressées par son poids, lui apparaissaient. Puisque fort cambrée, elle ne sentait plus rien jusqu’à ce qu’elle parvienne à ses reins, qui finalement l’amenaient doucement à ses omoplates musclées… à ses robustes épaules. Oui, elle remontait ses courbes, et sentaient combien cette apesanteur influençait son corps. Le passage de la nuque à la tête était toujours délicat, mais finalement, elle parvint à sentir le bout de ses oreilles effleurer le coussin.
Elle était l’aube, elle était Aurore.