L1 Questions d'Histoire des courants linguistiques

1) Sur quelle réflexion et sur quels principes se fondent les grammairiens de Port Royal afin de postuler l’existence d’une grammaire « universelle » ?

 

            Dans la France du  XVIIème siècle, les solitaires de Port Royal (1637-1679) dont Lancelot (1615-1695) et Arnauld (1616-1698) s’opposeront aux principes du bon usage et d’une grammaire normative énoncés par Vaugelas dans ses Remarques sur la langue Française (1647). Ils conçoivent la grammaire telle une science ni purement philosophique ni empirique, mais déductive : selon eux, c’est à partir des faits généraux du langage qu’on peut parvenir à expliquer les usages particuliers des langues (d’où une grammaire dite raisonnée).

            Ils s’inspirent des catégories logiques de la pensée de Descartes (1596-1650) pour expliquer les deux principes fondamentaux de la Grammaire Générale et Raisonnée (1660). Le langage serait le miroir et l’instrument de la pensée, en concordance avec ces catégories où l’esprit est représenté par des signes qui sont le reflet de ce dernier ainsi que des objets du monde ; de plus ces catégories du discours seraient universelles puisque similaire à l’entendement qui participe à la formulation des idées (d’où l’idée d’une grammaire générale)

            D’où, selon la grammaire logique de Port Royal (Arnauld et Nicole -1662), le postulat de règles de grammaire universelles qui s’expriment par les catégories du discours et la théorie des figures, selon laquelle il existe un ordre syntaxique naturel qui n’est perturbé que par les passions (les figures de style). L’influence de ce mouvement fût grande, s’est fait ressentir jusque Beauzée dans l’Encyclopédie (1751-1772), elle déclina lors de la période positivisme et de la remise en cause des catégories de pensée.

 

 

2) Tout en présentant les notions d’ « emprunt » et d’ « héritage », vous montrerez et expliquerez les implications que cette distinction a pu avoir sur la linguistique comparative et historique du XIXe.

 

            L’hypothèse de Cordoux et W. Jones (1786) d’une parenté entre la langue sanskrite, le grec, l’arménien et certaines langues romanes et germaniques et sa diffusion par Shlegel (1808), Ransk (1814) et F. Bopp (1816), amena la linguistique à s’intéresser à la parenté des langues entre-elles.

            Les comparaisons s’effectuèrent d’abord entre deux systèmes de langue chronologiquement éloignés (car l’intérêt était de découvrir leur origine commune, telle une langue mère reconstruite, le proto-indoeuropéen) sur la base des correspondances et différences des phonèmes de morphèmes grammaticaux (issus de deux systèmes de langues), ces derniers faisant partie d’un tout cohérent, ils sont considérés comme moins susceptibles d’emprunt que les morphèmes lexicaux.

            C’est la prise consciente d’un mot d’une langue A par une langue B que nous appelons emprunt, qui n’est pas considéré comme une évolution naturelle des langues. Tandis que le phénomène d’héritage, glissement inconscient d’une d’un mot a en mot b d’une langue A vers une langue B est un changement « naturel » permettant de prouver la parenté. Par exemple, français hôpital est un emprunt du mot latin hospitale qu’on est allé exhumé; tandis que les différences et similitude du mot hôtel sont dûe à un glissement progressif à partir du mot hospitale hérité du latin.

            Ainsi les langues seraient régit par des principes de transformations internes et ces transformations peuvent reposer sur un principe de différentiation, tant que le phénomène est systématique. Si sa régularité n’est pas constatée, selon les néo-grammairiens (à partir de 1870) c’est le signe d’une nouvelle règle à découvrir (ceux-ci ne comparant que des états de langues chronologiquement proche).

 

3) Tout en présentant de quelle manière s’articule dans le C.L.F l’opposition langue/parole, vous tenterez de souligner quelles peuvent être les limites de la conception saussurienne.

 

            La priorité de Saussure (1857-1913) était de définir la matière et les tâche de la linguistique afin d’assurer sa scientificité et son autonomie. Pour cela il définit l’étude du langage (capacité de s’exprimer par un système sémiotique) en termes de dichotomies, dont celle opposant la langue et la parole, sous une triple dimension. Cette dichotomie, bien que confortable scientifiquement, comporte des problèmes théoriques et pratiques, c’est en la définissant qu’on les développera. 

            Pour le linguiste suisse, la langue est le produit social de cette faculté, alors que la parole est l’actualisation de ce produit par un sujet parlant. La première est donc sociale et reconnue comme homogène, représentant le système virtuel ; tandis que la seconde est constitué de toutes les variations individuelles et donc de caractère hétérogène. Saussure en conclura que la linguistique s’attache au versant interne et homogène que constitue la langue en opposition à la parole (hétérogène et appartenant à la linguistique externe).
            En découle une troisième distinction où la langue représente un ensemble abstrait, virtuel, le système ; alors que la parole s’incarne comme manifestation de ce système. Si cette dernière distinction n’est pas contestée, on a reproché aux autres de souffrir d’une vision de l’époque, où la société est envisagée sous son aspect unifié, où le domaine sociale ne manifesterait aucunes distinctions ou variations, postulat largement démenti de nos jours, en particulier grâce aux études sociolinguistiques dont le fondateur reconnu est W. Labov.

            D’autres aspects de la théorie structurale sont contestés, rappelons les brièvement. Meillet insiste sur le fait que les deux linguistiques (interne et externe) sont complémentaires : la structure de la langue doit être expliquée par l’histoire. Ensuite, la réfutation du primat de la synchronie sur la diachronie, qui résulte de la dichotomie langue parole, se comprend au vue de notre explication. Enfin, dernier aspect mais non des moindres : aucun critère permanent n’a été fournit par Saussure pour mettre en valeur la discrétion des unités qui constituent toute la structure de la langue.

 

4) En quoi la linguistique structurale praguoise est-elle « fonctionnaliste » et en quoi consiste la notion de « fonction » qu’elle développe ?

 

            La linguistique structurale Praguoise (1929-1938) considère la langue comme un système fonctionnel, dont la fonction est définie positivement, car c’est elle qui organise la structure des langues, définies comme un système de moyen d’expression appropriés à un but. On s’oppose à sa définition en terme négatif (pour saussure la langue na pas pour fonction de représenter la pensée qui existerait en dehors d’elle, et sa fonction de communication n’est pas cause de la désorganisation des langues).

            Les fonctionnalistes tels les russes Troubetzkoy et Jackobson rechercheront les fonctions exercées par les éléments, les classes, et les mécanismes de la langue au sein de la communication à partir de l’étude des faits concrets de la langue et de l’analyse synchronique, sans pour autant écarter les méthodes comparatiste d’étude en diachronie. Leur travaux seront basés essentiellement sur la phonologie :

            Selon eux, chaque son de la langue rempli une fonction déterminée qui est représentée dans le phonème unité qui se définit dans les atomes de la langue parlée comme une image sonore à la fois représentative et différentielle. C’est par cette fonction que les éléments d’une langue se différentient entre eux (fonction distinctive) et s’oppose l’un à l’autre selon qu’il y ai ou non une différence avec l’intention de communication.

            Des divergences sur la notion de fonction se sont développées à l’intérieur de la linguistique praguoise, notamment entre Jackobson qui postule d’une part la binarité des traits articulatoire comme unité ultime a fonction distinctive, et d’autre part l’universalité de ces traits. Enfin le linguiste français Martinet, pour qui la double articulation de la langue est la seule caractéristique universelle à toute les langues humaine, et pour qui la fonction est un critère de détection de ce qui est pertinent dan la langue.

 
Iulia G.  

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