L2 Psycholinguistique Travail sur l'anomie

SL0010 TD1 : Le signe linguistique.

 

Objectif : saisir la différence de point de vue entre le linguiste et le psycholinguiste sur un objet qui les concerne tous deux : le mot, et la complémentarité des deux disciplines.

 

  1. Définissez le signe linguistique selon le point de vue de Saussure à travers l’extrait du cours de Linguistique Générale.

 

 

            Définir le signe linguistique du point de vue de Saussure, c’est avant tout définir le système de la langue dont il fait partie, intermédiaire entre la pensée et le son. Système où on ne peut isoler la pensée du son, le signifié du signifiant, infiniment liés, et dont la combinaison constitue le système de la langue comme forme, et non comme substance. Cette combinaison entre un concept et une image acoustique à l’intérieur du système est un choix ; celui-ci est arbitraire, relatif et social : le lien – cependant nécessaire -  entre le signifiant et signifié est immotivé (preuve en est la variation inter-langues), il dépend non seulement des autres valeurs des signes présents à l’intérieur du système, mais aussi de la communauté : c’est elle qui en fixe l’usage par le consentement général.  Enfin c’est ce choix qui donne à la notion de valeur son caractère, notion essentielle qui permet de constituer les signes en un tout solidaire à l’intérieur du système.

 

 

  1. Observez le corpus suivant sur l’anomie et décrivez ce qu’il se passe en utilisant vos connaissances linguistiques.

 

 

            L’anomie est un dysfonctionnement du langage caractérisé par l’incapacité de nommer des objets, concepts ou personnes pourtant correctement perçus. Le sujet est donc capable de reconnaître le signe en question, mais ne parvient pas à le dénommer. Ce phénomène du « manque du mot » est scalaire : léger chez la plupart des sujets normaux ou sévère chez les patients aphasiques. Il s’agit de comprendre comment fonctionne l’anomie (dite aussi aphasie amnésique, trouble anomique…) en analysant la façon dont les sujets utilisent les unités, ceci à l’appui du corpus de dénomination orale effectué sur plus de 4 sujets présentant ce trouble.

            En s’appuyant sur les études de Levelt, on évaluera l’hypothèse (H1) de l’organisation des représentations du lexique mental en deux niveaux de traitement. Selon H1, le sujet a accès au niveau des informations sémantiques et syntaxiques (le LEMMA) avant celui du traitement des informations phonologiques et morphologiques (Forme Lexicale). En raison d’un corpus fort restreint, on abandonnera l’étude approfondie du traitement pragmatique des données. Il est évident que cette étude psycholinguistique ne peut se passer de son pendant linguistique, on se demandera donc si le sujet accède au mot réponse par le signifiant (la forme, le contenant) ou/et par le signifié (la substance, le contenu) en terme saussurien.

 

            L’expérience révèle que certaines réponses ne font l’objet que d’un traitement phonologique et morphologique : c’est le cas du patient FOI (Mot cible : Joug, réponse « Un jour … un jeu … un). La réponse du sujet n’est pas caractérisée par un lien sémantique ou syntaxique ; en effet, rien ne relie la « pièce de bois que l’ont met sur la tête des bœufs afin de les atteler » avec le concept JOUR ou JEU. La représentation mentale du mot ne passe donc pas par le LEMMA, mais bien par la Forme Lexicale : la dénomination passe par une paraphasie phonémique : le sujet effectue une substitution de phonème tout en respectant les règles phonologiques et morphologiques du français.

D’autres mots cibles présentés à des sujets ont révélé un traitement similaire de l’information. La réponse du patient CAC (Mot cible : Palette ; Réponse : Une … mais … une … une aspatupe) respecte les règles de combinaisons phonologiques et morphologiques du français : on retrouve la séquence [sp] dans ‘asperge’ ‘aspirine’ et les autres séquences en CV sont aisément identifiables en français. Un dernier exemple confirmera l’hypothèse d’un traitement prédominant phonologico-morphologique ne laissant pas apparaître un précédent traitement sémantique. Concernant le mot cible accordéon les patients FOI et CAC répondent respectivement « Co-ré-ca-ré-son … un … oui … un … » et « Un a…o…chon.. un .. a .. o…ga…chon ». Ces réponses respectent les  règles de combinaison morphologique, phonologique et de genre et nombre de l’article : les séquences produites sont phonologiquement possibles : CV-CV-CV ; de plus on retrouve des consonnes et voyelles similaires entre le mot cible et la réponse du patient ([c], [r], [õ], [a], [o]).

            Les patients respectant le système phonologique et morphologique n’alimentent pas leurs réponses d’une description de l’objet (dans notre corpus), s’ils parviennent à le dénommer c’est après substitution de plusieurs séquences phonémiques voir morphémique comme l’attestent les derniers exemples. Tous les mots réponses non attestés en français restent cependant correctement formés. Ceci suppose que le système phonologique et ses règles de combinaisons sont bien (inconsciemment) présentes chez le patient, alors que d’autre part il n’y a aucune trace sous-jacente d’un traitement sémantique.

 

 

            Au contraire, certaines réponses des sujets ne semblent pas faire appel du tout à ce premier type de traitement, leurs réponses sont directement formulées par des liens sémantiques ou syntaxiques.  

            C’est le cas pour le même mot cible que précédemment, l’analyse de la réponse du patient HAM (« Ça, c’est un …un un instrument de musique [ …] non (accordéon) oui, un accordéon »). Il y a premièrement un traitement sémantique observé dans la spécification du champ sémantique (il s’agit d’ ‘un instrument de musique’). Ensuite le sujet procède par élimination des possibilités (‘un mot qui commence par A et finit par ON’). Ceci permet d’affirmer qu’ici le traitement sémantique est effectué avant le processus phonologique ou même plutôt phonétique. Parfois, le processus phonologique est complètement élidé comme dans la réponse « Un … mais je ne sais pas le nom … un .. en Amérique du sud » (mot cible cactus). Seul le traitement sémantique de l’information (localisation) apparaît. On peut supposer que le traitement phonologique est sous-jacent, cependant il ne semble pas être utilisé, et le sujet ne parvient pas à l’étape de dénomination.  Il y a donc refus de dénomination, mais accès au contenu sémantico-pragmatique (les cactus se trouvent en Amérique du Sud).

            Il en est de même pour le mot cible ‘Trompette’ auquel le patient répond  Un violon’  le rapprochement est purement sémantique ; /instrument de musique/ est le seul lien entre ces deux objets, et aucun processus sous-jacent de traitement morphologique n’apparaît. De même, entre la réponse ‘un parc à bébé’ et le mot cible ‘un aquarium’ le lien sémantique est dur à définir, cependant, un sème commun tel /endroit rassemblant des êtres vivants de même sorte/ est indéniable. Ces mots sont pragmatiquement très proches. Enfin, sémantiquement,Igloo (mot cible) et hublot (réponse) n’ont apparemment rien en commun, cependant ceux-ci restent unis par l’idée de /rondeur/, de /froid/ voir même d’/abondance d’eau/. C’est donc par leurs liens sémantiques, c'est-à-dire par l’image que les sujets se font de ces concepts, qu’est activé le traitement des représentations mentales dans le LEMMA. 

            L’expérience menée sur d’autres patients dévoile clairement un traitement sémantique et syntaxique du stimulus, la cible ‘des boxeurs’ entraîne la réponse ‘des footballeurs’ : non seulement le rapprochement sémantique (sème /sportifs/ ou encore /qui frappent/) est évident, em^ds@ions phonologiques et morphologiques (Forme Lexicale). En raison d’un corpus fort restreint, on abandonnera l’étude approfondie du traitement pragmatique des données. Il est évident que cette étude psycholinguistique ne peut se passer de son pendant linguistique, on se demandera donc si le sujet accède au mot réponse par le signifiant (la forme, le contenant) ou/et par le signifié (la substance, le contenu) en terme saussurien.

 

 

            L’expérience révèle que certaines réponses ne font l’objet que d’un traitement phonologique et morphologique : c’est le cas du patient FOI (Mot cible : Joug, réponse « Un jour … un jeu … un). La réponse du sujet n’est pas caractérisée par un lien sémantique ou syntaxique ; en effet, rien ne relie la « pièce de bois que l’ont met sur la tête des bœufs afin de les atteler » avec le concept JOUR ou JEU. La représentation mentale du mot ne passe donc pas par le LEMMA, mais bien par la Forme Lexicale : la dénomination passe par une paraphasie phonémique : le sujet effectue une substitution de phonème tout en respectant les règles phonologiques et morphologiques du français.

mais en plus ceux-ci appartiennent à la même catégorie syntaxique (marquée par le morphème –eur), de plus d’un point de vue syntagmatique, ils sont tous deux des mots composés unifiés : ({verbe / adjectif} + suffixe ‘eur’). Un dernier exemple similaire renforce une théorie du traitement sémantique et syntaxique premier : au mot cible ‘penderie’ un patient répond ‘buanderie’ : encore une fois il y a un rapprochement sémantique (sème /pièce/) ainsi que morphologico-syntaxique (marqué par le suffixe –erie).

        

 

             A ce niveau de l’analyse, il est utile de rappeler que les domaines de la linguistique ne sont pas étanches : si les suffixes relevés font bien partie de la morphologie dérivationnelle, ils ont aussi une fonction syntaxique. Nous n’étudierons pas plus en profondeur le traitement de la syntaxe par le LEMMA étant donné la modestie des énoncés présents dans le corpus. Les nombreuses hésitations (de deux à sept selon la transcription) sont une des particularités du « manque du mot » : le patient est dans une situation perturbée qui l’entraîne à mobiliser des processus contrôlés et non automatiques qui sont donc plus coûteux en attention et surtout plus lents, cause sans doute d’une syntaxe des plus simples.

            Enfin, on remarquera que le phénomène du manque du mot n’affecte pas la sélection des déterminants accordés en genre et en nombre avec le nom auquel ils se rapportent. On supposera que ce n’est pas un traitement sémantique qui permet cette performance (la déclinaison entre féminin et masculin n’ayant rien de logique pour les objets et concepts en français) mais bien lexical. Le sujet possède nécessairement les informations morphologiques sur les déterminants, celles-ci sont activées dans le lexique mental et correspondent donc au mot cible ou réponse qu’ils accompagnent. C’est le cas pour toutes les réponses du corpus sans exception. Le plus intéressant est justement  que ces compétences sont activées par le sujet, sans qu’il dispose toutefois de la forme phonologique du mot cible ; le cas est flagrant lorsqu’au mot Harpe, la réponse du sujet est « Une sfa ».

            A l’appui non seulement des recherches de Levelt, mais aussi de l’étude du signe linguistique selon la terminologie de Saussure et de notre étude, on peut conclure sur cette recherche de l’organisation des représentations du lexique mental chez des sujets atteints d’anomie à différents degrés. On sait désormais que certains sujets privilégient un traitement du signifiant : leurs réponses ne laissent pas apparaître de traitement sémantique sous-jacent (se basant donc sur le contenu, le signifié). C’est par tâtonnement phonologique ou morphologique qu’ils progressent vers le mot réponse. Dans d’autres cas, au contraire, l’analyse de la forme lexicale n’est pas privilégiée, au profit du signifiant : c’est par associations sémantiques ou syntaxiques que le sujet progresse vers la réponse. Cependant, comme nous avons vu, tous les sujets accèdent aux deux niveaux de représentation lexicale, en témoigne l’activation des règles morphologiques lors de la sélection du déterminant adapté au lexème. 

 

 


3. Tentez de déduire le point de vue du psycholinguiste sur le signe linguistique (en le confrontant au point de vue linguistique).

 

 

            Il est une évidence que la psycholinguistique, corps d’étude appartenant aux sciences humaines et cognitives, est caractérisée par son interdisciplinarité et fait partie intégrante des sciences du langage. Son objet d’étude, le traitement de l’information linguistique, se démarque en de nombreux point de l’analyse du linguiste : ce dernier étudie le fonctionnement de la langue en elle-même et pour elle-même c'est-à-dire pour sa forme, en dehors de l’individu, et de l’activation de cette capacité dans un contexte donné, au contraire du psycholinguiste.

            Ces différences se remarquent dans l’approche de traitement que les psycholinguistes ont du signe linguistique ; celui-ci est envisagé selon les processus mentaux engagés par le locuteur ou interlocuteur lors de la production et/ou réception. Si le signe linguistique est étudié à tous ces niveaux (niveaux phonétique, phonologique, morphologique, syntaxique, sémantique voir pragmatique) comme en linguistique, ce sont les processus sous-jacents d’utilisation du langage, c'est-à-dire du système de signes, actualisé par l’individu dans un contexte donné, qui intéressent le psycholinguiste.

            Ce n’est pas pour autant que la complémentarité de ces deux domaines d’étude pourrait être remise en cause. Aucune de ces sciences ne pourrait s’accomplir sans l’autre, leurs travaux sont étroitement liés puisque le psycholinguiste utilise les théories et concepts linguistiques lors de ses recherches d’une part, et que d’autre part les travaux du linguiste ne resteraient que théoriques sans une application au réel.

            Ainsi, on pourrait (presque vulgairement) schématiser en guise de conclusion : si le linguiste lui s’attache à l’étude de la structure du langage (du signe pour lui-même, de la compétence), le psycholinguiste étudiera la façon dont le sujet manipule ces structures à tous niveaux (ce qu’on pourrait associer au concept de performance).

 

 

 

           

 

 

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